HISTORIQUE DU F.P.I.

(HISTORIQUE – PARTIE 1)

Le FPI et les libertés démocratiques pour une indépendance totale de la Côte d’Ivoire.


Historique du F.P.I.

Historique – Partie 1

 

Par Voho Sahi Alphonse


Historique du FPI (1ère Partie)


 

I – Le FPI et les enjeux de la révolution démocratique en Côte d’Ivoire.

Pour la compréhension du débat, il faut rappeler en quel sens j’entends ici le mot « révolution ». « Par révolution, on entend un processus historique de rupture qui met en place, à terme, un état de choses différent en nature de l’état de choses antérieur. Elle se déroule en deux lieux et en deux temps. Dans la pensée, elle s’élabore comme théorie ou idéologie, c’est le projet de société qui se superpose à la réalité et doit contribuer à la remplacer. Dans la réalité, elle s’incarne en institutions, en structures sociales, en comportements. »

L’année 1990 a été un moment révolutionnaire parce qu’il s’agissait d’opérer une rupture en Côte d’Ivoire, de passer d’un état de choses jugé inacceptable – le régime de parti unique ––  à un état de choses jugé acceptable – la démocratie pluraliste. La question était de savoir comment opérer cette rupture. De la réponse à cette question dépendent les méthodes d’action,  les moyens à mettre en œuvre et les résultats       : une méthode, un  moyen et une vision. C’est à ces trois niveaux que l’apport du Front Populaire Ivoirien à la promotion et à la défense des droits démocratiques en Côte d’Ivoire est décisif.

  1. Une méthode ; la doctrine de la transition pacifique à la démocratie.

Fondement de la lutte du FPI pour les droits démocratiques, la doctrine de la transition pacifique à la démocratie est d’abord une méthode. Et ce mot « méthode » signifie, étymologiquement « la voie ».

Le choix de cette voie dans les années 80 ne va pas de soi. La période allant de 1980 à 1990 a été une période des « révolutions » en Afrique de l’ouest. Le Liberia ouvre le bal le 12 avril 1980 avec la prise du pouvoir par un groupe de soldats « Natives » conduits par le Master Sergent Samuel K. Doe. Ils mettent fin, dans le sang, au règne des Afro américains ou « Congos » et instaurent une dictature militaire sous la bannière d’un Conseil pour la Rédemption du Peuple (PRC).

Le 31 décembre 1981, Jerry Rawlings renverse le pouvoir civil de Dr. Limann. C’est son deuxième coup d’Etat.  Deux ans plus tard, en 1983, un coup d’Etat conduit Thomas Sankara à la tête de la Haute volta et marque le début de la « révolution burkinabé ». Sankara sera renversé par Blaise Compaoré le 15 octobre 1987. En 1984, Lassana Konté renverse le gouvernement intérimaire mis en place en Guinée après la mort de Sékou Touré.  Au Mali, la transition à la démocratie est précédée d’un coup d’Etat mené par Amadou Toumani Touré (ATT), en 1991.

Ces exemples montrent qu’au moment où, en 1982, Laurent Gbagbo et le FPI plaident « pour une alternative démocratique », c’est-à-dire pour une transition pacifique à la démocratie, la règle, au niveau des « révolutionnaires » en Afrique de l’Ouest c’est plutôt le coup d’Etat, la transition par les armes, par la violence. La Côte d’Ivoire exceptée, la transition à la démocratie pluraliste a été opéré dans le sang parce que ici, l’opposition conduite par le FPI a choisi la      voie de la transition pacifique.

A l’époque, de tous les mouvements politiques clandestins sous le parti unique en Côte d’Ivoire, le FPI est le seul à pouvoir fédérer suffisamment de forces politiques et à les engager dans une voie qu’il aurait décidée. En optant pour la transition pacifique, le FPI a préservé la Côte d’Ivoire des commotions observées dans les autres pays de la région au moment du passage au multipartisme.

Par ce choix, les fondateurs du FPI empruntent la voie longue. Ils écartent délibérément la voie du raccourci par les armes, non par faiblesse mais par fidélité aux principes de la démocratie. Mais dans les circonstances historiques de la décennie 80-90  cette voie de la démocratie est une voie difficile. « Le chemin dans lequel nous nous sommes engagés depuis longtemps est dur ; très dur même. Ecrit Laurent Gbagbo en 1983. Mais la certitude inébranlable de la victoire finale de notre peuple sur les forces du déclin doit nous pousser constamment vers l’avant. »

Il reste à mettre à la disposition de ce peuple un instrument de lutte politique. Un instrument de lutte pacifique capable conduire une révolution démocratique,  c’est-à-dire un changement aussi radical que possible mais sans recourir à la violence. Cet instrument, c’est le parti lui-même : le Front Populaire Ivoirien.

  1. Un instrument de lutte démocratique, le parti politique.

Pendant que les « révolutionnaires » de la décennie 1980-1990 recrutent des soldats, Laurent Gbagbo lance un  appel à la constitution d’un vaste mouvement politique. C’est la différence fondamentale qui montre que pour les fondateurs de ce parti, on ne peut pas prétendre travailler valablement à l’avènement de la démocratie si l’on n’utilise pas les moyens démocratiques.

Le parti politique est d’abord un instrument de lutte démocratique, contrairement à une faction armée qui est un moyen de contrainte militaire. Mais pour être efficace, le parti doit être à la mesure des enjeux de la lutte. Il est donc important de s’entendre, dès le départ, sur la forme de ce mouvement.

« Quelle forme devra prendre ce mouvement démocratique ? La réponse à cette question sera naturellement connue à l’issue des débats et négociations. Pour ma part, je pense que les camarades doivent éviter le piège des micro-organisations qui ne peuvent que se marginaliser à la longue, sans prise réelle sur la politique du pays ; l’exemple de certains pays doit nous instruire. C’est pourquoi je propose que dans la phase actuelle du combat, nous mettions sur pied un grand parti reflétant toutes les sensibilités de l’opposition démocratique. Une telle démarche me paraît plus opérationnelle. »

D’où le nom donné au parti qui est un « front », c’est-à-dire une plate-forme politique susceptible d’accueillir tous els démocraties en luttes dans la clandestinité pour les droits démocratiques en Côte d’Ivoire.

Mais ce n’est pas tout. En adoptant cette dénomination, les fondateurs du parti en ont fait d’emblée un mouvement ouvert. Ouvert pour accueillir individuellement ou regroupés les acteurs de la démocratie. Mais également ouvert, même après la reconnaissance officielle, à « toutes les forces démocratiques de Côte d’Ivoire qui entendent l’intérêt commun comme nous, (aux) forces démocratiques qui, en Afrique entendent l’intérêt commun de l’Afrique dans le même sens que nous, (à) toutes les forces démocratiques qui, dans le monde entendent l’intérêt de l’humanité dans la même acception que nous. »

C’est en vertu de ce choix que le FPI est traversé, dès sa création, par divers courants de pensées mais qui, dans leur diversité, s’accordent sur un point, la démocratie. C’est un engagement que chaque militant du FPI renouvelle chaque année, en achetant sa carte de membre. Il est écrit au verso de la carte : « La FPI, crée en 1982, est un rassemblement volontaire de tous ceux qui veulent la démocratie pluraliste, de tous ceux qui estiment qu’un Etat ne peut fonctionner correctement sans contre-pouvoir. Le FPI veut surtout, dans ces temps difficiles, opérer en Côte d’Ivoire une transition pacifique à la démocratie. »

C’est également en vertu de ce choix qu’en 1990, au lendemain de la reconnaissance des partis de l’opposition, le FPI demande à un certain nombre de partis politiques, se réclamant de la Gauche comme lui, de former un seul parti de Gauche fort. L’expérience s’est arrêtée après une éphémère coordination des partis de la « Gauche démocratique ».

C’est toujours en vertu de ce choix qu’en 1994, après la création du Rassemblement des Républicains (RDR) de Hyacinthe Leroux et de Djeny Kobina,  et au vu des proclamations démocratiques affichées par ce parti qui se situait au Centre, d’après ses premiers dirigeants, que la FPI  est entré avec lui dans une coalition de l’opposition dénommé « Front Républicain ». Une expérience similaire, tentée avec un autre  regroupement de partis, l’Union des Forces Démocratiques (UFD), conduit par le Parti Ivoirien des Travailleurs (PIT) de Francis Wodié, a échoué.

Ce choix de l’ouverture a permis d’accueillir un groupe de militants issus du PIT en 1994. Enfin, ce choix explique la disponibilité actuelle du FPI à travailler avec tous ceux qui entendent l’intérêt de la Côte d’Ivoire dans le même sens que lui. Il est engagé dans la campagne du Président Laurent Gbagbo avec des formations politiques  qui œuvrent pour le triomphe du droit sur la violence, pour la victoire de la démocratie en Côte d’Ivoire. Pour la souveraineté du pays.

Mais le FPI ne tient pas uniquement sa force du nombre de ses militants ou de la solidité de ses alliances. Loin s’en faut. Si le parti est apte à composer avec des personnalités, des mouvements voire des partis politiques, sans crainte de perdre sa personnalité, c’est parce qu’il tient sa force de son organisation.

Le Front Populaire Ivoirien est le seul de tous les partis politiques présents sur la scène politiques en Côte d’Ivoire depuis 1990, à ne pas connaître de dissidences préjudiciables à sa cohésion et à son efficacité.  Au contraire, c’est à partir de son organisation que d’autres formations politiques mettent leurs structures en place.

Aujourd’hui, chaque parti politique ivoirien a sa « convention ». C’est une création du FPI. Chaque parti veut se doter une cellule de réflexion. C’est une invention du FPI. La structure et le fonctionnement démocratiques du parti lui épargnent les crises qui secouent les formations politiques.

Tout ceci fait du FPI un instrument politique de premier ordre pour la conquête, la défense et la promotion des libertés démocratiques. Il a permis à l’opposition de briser le mythe des candidatures uniques du Président Houphouët-Boigny en 1990. Il est la seule formation politique de l’opposition à avoir un groupe parlementaire pendant deux législatures consécutives ; 1990 – 1995 et 1995 – 2000. Il a des élus locaux dès 1990. Et il est aujourd’hui le plus grand parti politique de Côte d’Ivoire. Le parti le mieux organisé, qui compte des structures de base et des représentants partout sur toute l’étendue du territoire national.

Les 20 ans de la Fête de la liberté sont aussi 20 ans dans la constance d’un parti né dans l’adversité, mais que ni la présence au pouvoir de son fondateur, ni les attaques de toutes sortes n’ont ébranlé. C’est que le FPI n’est pas seulement un parti, c’est une vision, un  mouvement porté par une vision.

  1. Une vision, le projet de société.

Si l’idée de « Projet de société » n’est pas inédite dans le vocabulaire politique ivoirien en 1990, c’est au FPI que revient le mérite d’en avoir fait un concept opérationnel en Côte d’Ivoire, depuis 1990.

Il s’agit, comme l’a écrit le Professeur Harris Memel-Fotê qui a dirigé les travaux de rédaction du Projet de société du FPI, de présenter « le profil de la société humaine dans laquelle un individu ou une collectivité rêve de vivre. » C’est une entreprise de conscience, un essai de maîtrise du destin collectif « qui fait participer l’image du futur à la construction du présent. »

En ce sens, le Projet de société est un projet de modernisation de l’action politique. Il indique, par écrit, les motivations de l’engagement et les rasons du combat. On se bat pour une société meilleure. Le projet de société donne une figure au futur.

La première implication c’est la dépersonnalisation de l’engagement politique. Celui qui s’engage dans le parti ne vient pas suivre une personnalité, fût-elle charismatique, fût-elle de la même ethnie ou de la même religion que lui. Il s’engage, en toute connaissance de cause, pour une cause, pour un idéal, précisément l’idéal décrit dans le Projet de société.

Le FPI présente cet idéal en trois temps. Dans un premier temps il dresse, dans la préface signée de Laurent Gbagbo lui-même, l’état du monde au moment où le parti décide de donner sa vision du monde : « Un monde plein à la fois de promesses et de menaces pour la vie et la liberté des peuples et des individus. »

Le monde dans lequel le FPI engage la bataille pour les droits démocratiques en 1990 est en effet héritier de deux guerres mondiales dont la dernière, celle de 1939-1945, s’est terminée sur le partage du monde en deux blocs : un bloc de l’Est, conduit par l’Union des Républiques Soviétiques, Socialistes (URSS) et un bloc occidental conduit par les Etats Unis d’Amérique.

Un an avant la proclamation du multipartisme en Côte d’Ivoire, le 20 novembre 1989, le mur de Berlin, symbole de la division du monde en deux, s’est écroulé. Le monde ancien disparaissait et un autre monde était en gestation. C’est une opportunité historique pour tous les enfants de la terre en quête de liberté, de contribuer à l’émergence d’un monde où ils pourraient vivre mieux. « Aussi, écrit Laurent Gbagbo, ces moments, où le destin semble hésiter à prendre forme, invitent-ils d’abord à la réflexion  avant d’engager à l’action, car nous avons un héritage à assumer, si nous voulons réellement incarner une nouvelle espérance. »

Le deuxième temps dans le projet de société est précisément celui de la réflexion sur les choix fondamentaux du FPI.

–         Le choix du socialisme démocratique contre « le libéralisme autoritaire de la Côte d’Ivoire sous le PDCI-RDA de Félix Houphouët-Boigny de 1960 à 1993 et contre « le socialisme autoritaire de la Guinée-Conakry sous le PDG-RDA de Amed Sékou Touré de 1958 à 1984 », deux systèmes politiques différents en apparence mais qui se rejoignent dans leur haine de la démocratie.

–         Le choix de l’économie sociale de marché, contre l’économie dirigée. « Dans l’économie sociale de marché, la richesse à créer, selon l’esprit d’équité dans toutes les régions du territoire national, deviendra, en vertu du même esprit, un moyen permanent de lutte contre la pauvreté des classes sociales défavorisées et un  moyen permanent de promotion de la qualité de la vie pour tout le peuple. »

–         Le choix de construire une société libre. C’est-à-dire, en premier lieu une « société libérée. Car, la société ivoirienne … n’a pas encore acquis sa réelle indépendance. » Mais il s’agit aussi d’une société libératrice : les luttes des citoyens doivent libérer l’Etat de ses servitudes partisanes telles que le tribalisme, le régionalisme et autres chauvinismes. Enfin une société de libertés, c’est-à-dire une société capable de promouvoir les droits de l’homme voire d’en inventer de nouveaux en fonction de l’évolution de la culture.

Ces choix fondamentaux tracent l’horizon de la lutte démocratique. Ils forment la trame des différents « programmes de gouvernement » que le FPI a publiés entre 1987, date de parution du premier Programme, sous le titre de Propositions pour gouverner la Côte d’Ivoire, et 2000 avec la publication de Gouverner autrement,  le programme qui a servi de base à la campagne électorale victorieuse de 2000.

Ainsi, du point de vue de la méthode, de l’organisation et de la vision, le FPI a fait preuve d’une cohérence dans son approche démocratique des questions du pouvoir et du développement dont très peu de partis ou de mouvements d’action politique ont été capables en Afrique.

Cette vision démocratique du FPI est-elle en adéquation avec les réalités culturelles, sociales, économiques, voire politiques du peuple de Côte d’Ivoire ? C’est à cette question qu’une observation des actions menées et des événements survenus ces dernières années, permet de réfléchir. Je choisis de rassembler les quelques remarques que je voudrais faire à ce sujet, autour du concept de développement, dans le sens « générique » que le Projet de société du FPI donne à ce terme de développement.

 

 

 


Historique du F.P.I.


Historique

      1 . Objectifs

      2 . Introduction

       3. 1ère Partie (Historique)

      4 . 2ème Partie (Historique)