LA REFONDATION

(L’héritage du pouvoir PDCI)

 


Par Dr. Simone Ehivet Gbagbo

 


LA REFONDATION

Ce que Refonder veut dire; la Refondation à l’épreuve du pouvoir


 

1ere Partie

 

L’HÉRITAGE DU POUVOIR PDCI

 

Le programme de reconstruction et les changements en profondeur de tout l’édifice national projetés par notre parti exigent que nous prenions en compte les anciennes fondations. Ce diagnostic sommaire de l’héritage politique, institutionnel, administratif, économique, judiciaire, social, etc. éclairera les choix et les principes de notre politique.

1) L’Héritage colonial

 La société ivoirienne que le FPI se donne pour mission de refonder est profondément marquée par la vision et les pratiques du pouvoir PDCI, continuateur du pacte colonial malgré la proclamation officielle de notre indépendance en 1960.

 D’abord la nature des relations entre l’Etat de CÔTE D’IVOIRE et la FRANCE, ancienne puissance colonisatrice. Disons-le tout net, le pouvoir PDCI a opté pour une indépendance sous tutelle.

Il a choisi de continuer le pacte colonial qui se définit, selon l’Encyclopédie universelle Larousse, comme un répondant «de la conception mercantiliste de la colonisation qui visait à l’enrichissement de la métropole. Il stipulait : l’interdiction totale ou partielle du marché colonial aux produits étrangers ; l’obligation d’exporter les produits coloniaux exclusivement ou principalement vers la métropole; l’interdiction, pour la colonie, de produire des objets manufacturés, son rôle économique se bornant à celui de productrice de matières premières et de débouché commercial ; le traitement de faveur accordé parle métropole aux produits coloniaux, accompagné d’une aide politique, militaire, culturelle et souvent économique, fournie par la métropole ».

L’excellent livre du Professeur KOULIBALY Mamadou dans : Les servitudes du pacte colonial, nous éclaire amplement sur la question et nous décrit à quel point le régime PDCI a volontairement accepté d’aliéner la souveraineté de la CÔTE D’IVOIRE.

■ Ensuite le type de relation entre notre pays et les pays africains de la sous-région. En effet, le pouvoir PDCI a continué à faire venir en CÔTE D’IVOIRE de fortes colonies étrangères servant de main-d’œuvre à bon marché pour la création des plantations agro-industrielles et le développement des cultures de rente (cacao, café, coton). Ainsi la HAUTE-VOLTA devenue plus tard le BURKINA- FASO, le MALI, le NIGER, la GUINEE Conakry, pays voisins francophones vont être de grands axes d’émigration. Voilà qui explique que notre pays abrite sur son sol plus de 26 % d’étrangers. Il faut donc prêter une attention particulière à cette fondation qui est l’axe d’une grande immigration décidée par la puissance colonisatrice et entretenue par le pouvoir PDCI. Ces grands flux migratoires n’ont pas été le fait du hasard. Ils ont été pensés et organisés par le biais de pactes signés. C’est le cas des accords passés entre le Président HOUPHOUET et le MORO NABA, et plus tard avec l’Etat Voltaïque.

2) L’Héritage politique

Il s’agit du régime politique et de la structuration de l’Etat.

■       De 1960 à 1990, le pouvoir PDCI a imposé le régime du parti unique au nom de l’unité nationale, de la stabilité politique, du développement économique et de la paix sociale. Ce monopartisme a donné lieu à des abus de pouvoir, au musèlement de la presse, à l’étouffement des libertés fondamentales, à la dictature. Le monopartisme a été un des piliers forts du régime PDCI et cela a profondément influencé les mentalités et les habitudes politiques des ivoiriens. Un parti unique, une pensée unique, une vision unique.

■       Pour l’organisation de l’Etat, conséquence du parti unique, le pays a vécu sous un centralisme étatique. Il ya a une omniprésence de l’Etat central dans le corps social, y compris pour les décisions de développement local et rural. La déconcentration est la règle ; la décentralisation est l’exception avec une timide politique de communalisation amorcée depuis 1980 mais seulement au profit de quelques cités urbaines et péri-urbaines.

3) L’Héritage institutionnel

Nous porterons notre regard sur le Parlement et la Justice.

Notre parlement, jusqu’en 1990, est monocorde et monolithique. Tous les députés désignés le sont pour le seul compte du PDCI.

Les conséquences sont évidentes : absence de groupes parlementaires ; absence de débats contradictoires selon les options politiques divergentes ; interdiction d’amendements notables des projets de lois issus du gouvernement, le parlement fonctionnant comme un simple espace d’enregistrement de la volonté de l’exécutif. Le parlement n’a qu’une seule chambre : l’Assemblée Nationale.

■ Au niveau de la Justice, la Constitution de 1960 mentionne Autorité judiciaire et non Pouvoir judiciaire et donne pleins pouvoirs à l’Exécutif sur le Judiciaire. Sous le régime PDCI, le système judiciaire est assujetti à la volonté du Gouvernement de sorte que l’indépendance de cette Institution n’est que formelle. La promotion des magistrats est conditionnée par leur allégeance au pouvoir. Au niveau des juridictions suprêmes, il n’y a que la Cour Suprême, avec des chambres affiliées à celle-ci.

4) L’Héritage économique

Notre économie naguère qualifiée de « miracle ivoirien » a reposé sur le secteur agricole, l’endettement excessif, le partenariat privilégié avec la FRANCE, la monnaie le CFA logé dans le Trésor Français.

■       Le secteur agricole existant est celui de la production de cultures de rente comme le cacao, le café, le coton, l’hévéaculture, le palmier à huile, l’anacarde, etc. Ce sont des matières premières végétales conformes aux besoins des industries occidentales. Nous les exportons pour engranger des devises. Ces produits agricoles ne sont pas transformés et ne rentrent pas dans notre consommation alimentaire quotidienne. (Cf. Le Pacte Colonial)

■       L’endettement excessif : le poids de cet héritage est lourd et handicapant. Dans son écrit CÔTE D’IVOIRE : Bâtir la paix sur la démocratie et la prospérité, Laurent GBAGBO nous instruit à ce sujet ; « la dette de la CÔTE D’IVOIRE que nous payons aujourd’hui date, pour l’essentiel, des années 70, 80 et 90. C’est au cours de ces trois décennies qu’elle a connu une évolution fulgurante. De cent milliards de francs CFA (100 Milliards), équivalant à 17,7 % du PIB en 1973, le montant de la dette est passé successivement à 2 371 milliards, soit 75,6% du PIB en 1985 puis à 8468 milliards, soit 136 % du PIB en 1996.

Avec une telle évolution de l’endettement, on comprend bien que la CÔTE D’IVOIRE soit devenue un pays pauvre et très endetté ». (pp. 20-21).

■ Le partenariat économique extérieur: depuis 1961, un Accord de coopération économique, monétaire et financière lie notre pays à la France. L’article 1er dudit Accord signé le 24 Avril 1961 stipule: «la République de CÔTE D’IVOIRE déclare vouloir son développement en étroite association avec la République française et les autres pays de la zone franc… » Quant à l’article 3, il dispose : «la République française continuera à apporter à la République de CÔTE D’IVOIRE l’aide matérielle et technique qui lui est nécessaire pour atteindre les objectifs de progrès économique et social que celle-ci s’est fixés. ».

A l’évidence, le développement économique de la CÔTE D’IVOIRE, en matière de coopération avec l’extérieur, est d’abord la chasse gardée de l’ancienne puissance colonisatrice, la FRANCE. C’est dire que notre pays, ex-colonie, n’a pas le droit de s’ouvrir librement à d’autres partenaires extérieurs sans l’autorisation expresse de la FRANCE. Ceci s’apparente à une sorte de tutorat économique. Voici l’un des piliers sur lesquels notre économie s’est forgée pendant plus de quatre décennies et dont le FPI préconise la refondation.

5) L’Héritage social

Les fondations sociales dont nous avons hérité du pouvoir ancien sont vermoulues. L’état des lieux est catastrophique : la pauvreté est galopante, le chômage est généralisé tant et si bien que les jeunes diplômés sont tentés d’aller à l’aventure vers les pays occidentaux, l’équipement du pays est fortement dégradé, les droits sociaux et humains marquent un net recul, etc.

6) L’Héritage de la Défense et de la Sécurité

Il est à remarquer que notre armée a été construite sur le modèle voulu par le colonisateur conformément à l’accord de défense du 24 Avril 1961 conclu entre les Gouvernements de la République de CÔTE D’IVOIRE, de la République du DAHOMEY, de la République du NIGER et le gouvernement de la République Française. Il est stipulé à l’article 6 dudit accord que la FRANCE s’engage à apporter à ces Etats suscités (ex­colonies) l’aide nécessaire à la constitution de leurs forces armées. En d’autres termes, la nature et le niveau de formation et d’équipement sont laissés à l’appréciation de l’ancienne puissance coloniale. Quand nous avons pris le pouvoir, nous nous sommes retrouvés avec des Forces de défense et de sécurité totalement démunies aux niveaux des armes, des munitions, des véhicules, des appareils de communication et même des vêtements, etc.

Cette analyse des anciens fondements de l’édification de notre pays n’aborde que quelques points. Nous aurions pu en faire un développement plus fourni. Mais notre objectif ici se limite à révéler quelques aspects de l’héritage reçu, tout juste pour illustrer l’état des lieux. C’est cet existant politique, institutionnel, judiciaire, économique, etc. qui va motiver et justifier l’élaboration du programme de refondation du FPI. Quelles sont donc les grandes réformes conçues par notre Parti pour la reconstruction de notre Nation ? Comment celles-ci ont -elles été réalisées durant l’exercice du pouvoir d’Etat ?

 

 

 


La Refondation


 1 . Objectifs

2 . Introduction

3 . L’héritage du pouvoir PDCI

4. La Refondation en Action

 5. Les Leçons de la Refondation