LA REFONDATION

(La Refondation en Action)

 


Par Dr. Simone Ehivet Gbagbo

 


LA REFONDATION

Ce que Refonder veut dire; la Refondation à l’épreuve du pouvoir


 

2e Partie

 

LA REFONDATION EN ACTION

 

I – LA REFONDATION DES RELATIONS INTERNATIONALES

Le credo du FPI dans les rapports entre notre Etat et les autres Etats dont l’ancienne puissance colonisatrice, le France, se résume à deux principes : l’indépendance réelle et la souveraineté nationale et internationale.

La Refondation dans ce domaine vise à mettre fin à tous les Accords de coopération perpétuant le pacte colonial dans nos relations avec la FRANCE.

Ces Accords signés dans les premiers moments de la proclamation de notre Indépendance ne sont en fait que la traduction d’une politique de néo-colonisation et de vassalisation.

Donc, le FPI a fait le choix de diversifier sa coopération internationale en s’ouvrant à des
puissances autres que la France qui jusque-là conservait le monopole. Il s’agit pour la CÔTE D’IVOIRE de coopérer librement avec tout pays, d’établir des relations diplomatiques avec tout Etat selon ses propres choix, ses intérêts et ses objectifs.

Ce point focal de la refondation connaît des effets visibles dans la volonté de rupture d’avec la politique néo-coloniale et paternaliste. En effet, de 2000 à 2010, l’Etat de CÔTE D’IVOIRE a procédé à l’élargissement de sa coopération diplomatique et économique avec d’autres pays. Nous notons principalement la CHINE, l’INDE où nous avons ouvert une Ambassade, la RUSSIE, le BRESIL où la Présidence de la République a envoyé une forte délégation pour l’exploitation agricole vivrière.

Cette diversification de nos partenaires politiques et économiques extérieurs est la manifestation de notre choix de disposer librement et souverainement de nos alliances extérieures selon nos intérêts et nos préférences.

Toutefois il faut reconnaître qu’il ne nous est pas encore aisé de passer certains accords commerciaux avec d’autres Etats occidentaux sans l’avis de l’ancienne puissance colonisatrice.

Il – LA REFONDATION DE LA VIE POLITIQUE

1) La lutte pour la Démocratie

L’un des grands choix révolutionnaires opérés par le parti est le combat pour le multipartisme et la démocratie. Le FPI a opté de lutter contre le principe du parti unique pour l’instauration de l’expression plurielle, des libertés publiques et politiques fondamentales, de l’alternance à la tête de l’Etat. Cette vision se situe aux antipodes de celle soutenue et entretenue depuis notre Indépendance par le pouvoir PDCI. Et depuis sa création en 1982 jusqu’à ce jour, le choix pour la démocratisation de la vie politique et publique de la CÔTE D’IVOIRE demeure une constante et un des piliers refondateurs de notre programme de gouvernement.

Nous pouvons dire que nous avons remporté des victoires à ce niveau, même bien avant notre accession au pouvoir. Déjà en 1990, nos initiatives et actions de masse ont contraint le pouvoir PDCI à lâcher du lest en acceptant de proclamer le multipartisme, premier palier de la démocratie. Ainsi nous passions du parti unique à la diversité des partis politiques. Ce fut la première victoire. Mais de 1990 en 2000, le FPI a dû faire des sacrifices énormes pour que la démocratie s’incarne dans les mœurs avec la possibilité de candidatures multiples aux élections présidentielles, législatives, communales, etc.

Le choix et le combat pour la démocratie par le FPI ont positivement influencé notre pays qui s’est peu à peu habitué à l’alternance à la tête de l’Etat, au vote des jeunes à 18 ans, à l’urne transparente, à la liberté de la presse, à la liberté syndicale, à la promotion des Droits de la Personne Humaine, à la limitation constitutionnelle des mandats présidentiels, à l’institutionnalisation d’une Commission Indépendante chargée des Elections, au bulletin unique, à la publication et vérification des listes électorales bien avant les élections elles-mêmes, etc. Tous ces avantages démocratiques sont le fait du FPI.

Parvenu au pouvoir et dans une volonté affichée d’approfondir la démocratie et les libertés fondamentales y afférentes, nous avons adopté la loi de dépénalisation du délit de presse consacrant la véritable liberté d’expression pour les journalistes. Sous notre pouvoir, tous les corps de métiers ont la possibilité de recourir à la grève pour revendiquer leurs droits sans pour autant être brimés. Il est vrai que la démocratisation est un long processus mais nous pouvons dire que cet aspect de la refondation est une grande réussite dans la mesure où personne aujourd’hui ne songe à revenir à l’ère du parti unique et de la dictature.

2) La Décentralisation de l’Etat

L’organisation administrative de l’Etat lui-même va connaître, sous la plume du FPI, une véritable métamorphose par la promotion d’une politique hardie de décentralisation. A ce niveau, nous passons de la vision ancienne du centralisme étatique à une nouvelle vision où l’Etat concède aux populations la capacité de s’auto déterminer elles-mêmes dans certaines domaines du développement local. Sans annuler la politique de déconcentration consistant à rapprocher l’Administration des Administrés, la décentralisation prônée par notre Parti va bien au-delà de la communalisation de quelques localités.

Il s’agit d’une part de la communalisation totale de tout le pays aussi bien urbain que rural. Toute localité doit être intégrée à un espace communal. D’autre part de nouvelles entités territoriales qui n’étaient jusque-là que des entités administratives déconcentrées vont devenir des collectivités territoriales décentralisées : les départements et les Régions.

Celles-ci vont être dotées de pouvoirs de décision prévues par la loi avec une réelle volonté de transfert de compétences de l’Etat Central à celles-ci. La décentralisation constitue à ce titre un autre pilier refondateur au regard de l’ancienne structuration de la vie de l’Etat.

Là aussi nous avons enregistré de grands succès même s’il reste encore des chantiers à finaliser. En effet, dès 2001, la loi créant les conseils généraux à l’échelle des départements à été votée à l’Assemblée Nationale. Un an après, en juillet 2002, ces conseils ont été élus et sont fonctionnels.

Grâce à cet instrument de développement local, le pays rural gagne en équipement de base comme les écoles primaires, les dispensaires, les maternités, l’hydraulique villageoise. Dans les chefs-lieux des départements, les hôpitaux généraux, les établissements de l’enseignement secondaire sont construits.

Ces autorités locales désignées par les populations elles-mêmes s’occupent également des infrastructures routières reliant les différentes localités de l’espace départemental, ce qui permet au monde paysan d’écouler plus aisément les produits agricoles. De même ces conseils généraux contribuent notablement à l’électrification rurale qui marque un progrès social pour ces milieux. Cependant, il faut noter quelques insuffisances dans l’exécution de cette politique de décentralisation.

La première limite constatée est que malgré la communalisation totale de tout le pays avec plus de 1 100 entités, les conseils municipaux créés en 2005 et 2008, tout comme les conseils généraux des nouveaux départements érigés après 2002 n’ont pu être pourvus du fait de la guerre.

La deuxième limite se situe au niveau du transfert effectif et total des compétences de l’Etat Central aux collectivités décentralisées. L’on note encore quelques réticences des ministères à concéder véritablement et pleinement des matières prévues par la loi.

Remarquons aussi que, dans la pratique, les conseils municipaux et généraux éprouvent beaucoup de difficultés financières pour exécuter leurs programmes de développement.

Les subventions de l’Etat ne viennent pas toujours à temps, et sont jugées très insuffisantes par rapport aux immenses besoins des populations en matière d’équipement. Il est évident qu’une réflexion doit être menée sur le mode de financement des collectivités décentralisées.

Enfin, les Conseils Régionaux, bien que prévus par la Constitution, n’ont pas encore été élus. Leur fonctionnement devrait permettre d’amener les populations pour se prendre en charge dans les domaines des hôpitaux régionaux et des CHU pour la santé, des universités et grandes Ecoles pour l’Enseignement, de l’entretien des voies reliant les chefs-lieux de département, etc.

III – LA REFONDATION DES INSTITUTIONS : LE PARLEMENT ET LA JUSTICE

1) Le Parlement

D’abord la création d’une seconde chambre : le SENAT pour une meilleure étude et élaboration des lois de la République.

Ensuite, l’institution de l’Assistanat parlementaire et de la suppléance pour rendre plus efficace le travail des élus parlementaires. De plus, la révision des critères de représentation des populations sur des bases plus équitables pour corriger les injustices et inégalités observées à ce niveau. C’est cette réforme qui, sous la transition militaire en 2000 lors des débats de la CCCE, a fait passer le nombre de députés de 175 à 225. Nous notons aussi la modification du fonctionnement de notre Parlement avec l’apparition de groupes parlementaires différents. Tous ces changements sont le fait de la politique de Refondation de notre Parti pour qui le Parlement doit être un espace d’expression plurielle, de débats contradictoires pour le vote de lois justes et profitables aux citoyens.

Nos idées et notre détermination ont modifié bien des habitudes dans cette Institution. Déjà dès 1995, bien avant notre élection à la Présidence de la République, nous avons pu amener l’Assemblée Nationale à bouleverser ses anciens usages de parti unique.

Ainsi il a été admis l’organisation spatiale de l’hémicycle par groupe parlementaire et non plus par ordre alphabétique des députés. De plus, l’on a procédé à l’attribution des postes de vice-présidents et autres postes du bureau de l’Assemblée à tous les groupes parlementaires.

Depuis 2000, nous avons permis une amélioration de la couverture médiatique des débats parlementaires, ce qui a donné à l’opinion nationale et internationale d’avoir une plus grande visibilité de la vie de l’Assemblée Nationale. Une autre innovation non des moindres s’observe au niveau des améliorations notables apportées pour les conditions de travail, de vie et de retraite des députés.

Dans le cadre du transfert du Parlement à Yamoussoukro, de nouveaux édifices sont en construction dont l’hôtel des députés (déjà achevé) et les locaux de l’Assemblée Nationale (en voie d’achèvement).

Néanmoins, il reste que notre Parlement demeure monocaméral bien que le Sénat soit inscrit dans notre programme de refondation. Il faudra mener une autre lutte démocratique pour que cette deuxième chambre parlementaire soit inscrite dans la loi fondamentale.

2) La Justice

La justice participant de la sécurité et de la protection des citoyens, il ne sert à rien de refonder l’Armée et la Sécurité en ignorant le système judiciaire. La construction d’un Etat démocratique ne peut se faire sans une justice juste animée par des magistrats compétents et crédibles. Il va de soi donc que la refondation de l’appareil judiciaire demeure une priorité pour le FPI œuvrant à l’émergence d’une société démocratique et juste.

A ce niveau, la refondation concerne aussi bien le système judiciaire, les conditions de travail du personnel de justice que la création de juridictions suprêmes. L’enjeu de cette refondation étant l’avènement d’une justice efficace, accessible à tous et plus indépendante.

Commençons par mettre en relief quelques acquis depuis notre accession au pouvoir en 2000. Nous pouvons noter la création de la Commission Nationale des Droits de l’Homme en 2005, l’adoption de la loi portant répression de la xénophobie, du tribalisme et du racisme en 2008 ; les décrets relatifs au statut des magistrats en 2006 et 2008 ; les lois sur les enfants et sur les femmes, etc.

Nonobstant ceci, la refondation de notre justice exige la mise en route de grands chantiers prévus dans notre programme de gouvernement mais non encore exécutés. Il s’agit, entre autres, de la réhabilitation ou de la création de nouveaux palais de justice, de sorte à doter chaque région administrative d’une cour d’appel et chaque département d’un tribunal de première instance ; de l’amélioration des capacités d’accueil des maisons d’arrêt pour éviter le surpeuplement et créer les conditions de réinsertion sociale des détenus à leur sortie ; d’une véritable supervision des enquêtes judiciaires par le Parquet.

L’une des grandes résolutions portant sur notre appareil judiciaire demeure le remplacement de la Cour suprême par de hautes juridictions et ce, en conformité avec la Constitution du 1er Août 2000. Ainsi, les chambres judiciaire, administrative et des comptes de la Cour Suprême sont appelées à devenir respectivement Cour de Cassation, Conseil d’Etat et Cour des Comptes. Ce travail n’a pas pu être réalisé, non par manque de volonté politique de notre part, mais par défaut de majorité qualifiée à l’Assemblée Nationale étant donné que la création de ces juridictions passe par l’adoption des lois organiques. C’est donc un chantier important à continuer pour achever la construction d’une justice respectant les dispositions constitutionnelles.

Il reste également à réussir une véritable moralisation du secteur. En l’état actuel des choses, ce secteur constitue une des grandes poches de fragilité de tout notre pays.

IV- LA REFONDATION DE L’ADMINISTRATION ET DE LA FONCTION PUBLIQUE

L’une des décisions importantes du FPI concerne la Réforme de la vie et de la gestion du personnel administratif tout comme celle de la Fonction Publique dans son ensemble. En fait, au regard de certains dysfonctionnements et disparités constatés, notre Parti a choisi de refonder notre Administration publique conformément à certains principes. Entre autres dispositions à respecter, notre programme de réforme met en exergue les valeurs d’équité et d’égalité de traitement selon les niveaux de recrutement, le nombre d’année de formation initiale et continue pour mettre fin à des discriminations entre les différents corps de métier.

Une autre valeur à promouvoir dans notre Administration est la moralisation des agents et l’assainissement en profondeur dans les services publics pour neutraliser ou limiter au maximum les habitudes de corruption, d’absentéisme et les phénomènes de fonctionnaires fictifs.

Dans cette même mouvance, le FPI a opté dans son programme pour la rigueur, la modernisation, l’actualisation des corps de métiers et leur promotion. Enfin la refondation administrative préconise la prise en compte de nouveaux métiers et l’organisation de leurs carrières.

Les changements obtenus depuis 2000 par notre politique de la Réforme Administrative s’observent au niveau du profil des carrières et de l’organisation du forum social.

■ Pour ce qui est du profil des carrières, plusieurs catégories de fonctionnaires et agents de l’Etat ont pu obtenir, grâce aux lois et décrets pris depuis 2000, une meilleure visibilité et une certaine sécurité de leur corporation. A titre d’exemples l’on peut retenir le corps préfectoral, des magistrats, des diplomates, des Agents de la Police Nationale.

Tous ces fonctionnaires de ces secteurs ont pu bénéficier de statuts particuliers valorisant leur traitement salarial alors que depuis 1980, tous les salaires du secteur public étaient bloqués.

Il en est de même pour les Enseignants qui, depuis 1991, étaient victimes d’une injustice d’un salaire à double vitesse. Dès 2001, cet état de fait a été corrigé dans le sens de l’équité. Depuis 2008 des décrets de réévaluation des salaires de tous les corps de la santé, de l’Education et de la Recherche ont été pris avec effet financier immédiat. Il faut y ajouter l’harmonisation des profils des carrières, la revalorisation des bases de salaire et de l’âge des départs à la retraite.

■ Le pré-forum social de 2003 et le forum lui-même tenu en 2008 sont une grande première dans l’histoire de notre Administration. A ces tribunes, toutes les corporations ont été représentées et ont entamé avec les décideurs un dialogue direct et franc. Ces assises ont abouti à des recommandations pertinentes dérivées d’un diagnostic des problèmes et des dysfonctionnements observés dans notre Administration.

Ces résolutions concernent le paiement des avances indiciaires, l’institutionnalisation d’accessoires de salaire pour tous les Agents de l’Etat, le traitement avec diligence des dossiers des retraités pour leur première pension.

Ce forum social constitue une véritable entreprise de refondation eu égard au fait qu’il aura permis à l’Administration de faire sa propre autocritique par et pour les acteurs concernés.

V – LA REFONDATION DE L’ÉCONOMIE

Par rupture avec les anciens fondements économiques précédemment évoqués, le Front Populaire Ivoirien, fidèle à sa philosophie de l’Economie sociale du marché, a décidé ce qui suit :

1) Le monde agricole

Contrairement au slogan ancien qui stipulait «le développement de la CÔTE D’IVOIRE repose sur l’agriculture », la nouvelle vision dit : «Agriculture certes mais aussi industrialisation et équipement du pays ». Ce faisant, il faut fixer à l’agriculture quatre objectifs fondamentaux.

  1. a)      Développer l’agriculture prioritairement pour nourrir les hommes. Ce qui accorde une place prépondérante à la culture vivrière et non uniquement aux « cultures de rente » qui jusqu’à présent ont concerné des produits non consommés par les Ivoiriens.
  2. b)      Transformer sur place les produits de notre agriculture au lieu de se contenter d’exporter les matières brutes.
  3. c)      Moderniser les techniques culturales et créer de véritables opérateurs économiques avec des revenus substantiels.
  4. d)      Revoir la répartition des revenus du café et du cacao au profit des paysans en vue de leur assurer des prises en charges sociales et médicales de même qu’une bonne retraite à la fin de leur vie active.

Pour ce qui est de notre volonté politique de promotion des cultures vivrières au même titre que les cultures de rente, de grands chantiers sont ouverts, des missions de prospection à l’extérieur sont menées, mais nous n’avons pas encore réalisé dans les faits nos ambitions de production massive, de modernisation et de professionnalisation de cette filière pour notre sécurité alimentaire et la création d’emplois permanents et rentables.

En matière de transformation de nos produits agricoles pour une meilleure commercialisation, nous notons la création de quelques unités de production à capitaux nationaux et internationaux.

Mais, comme par le passé, la plupart de nos productions agricoles comme le cacao, le café, l’hévéa, le coton, le bois de grume, le palmier à huile, etc. sont encore exportées à l’état brut. Nous sommes toujours soumis aux aléas des cours mondiaux décidés dans les places boursières occidentales.

Quant à l’organisation professionnelle de la filière de production du café et du cacao, nous avons entrepris de faire en sorte que les producteurs eux-mêmes s’autogèrent et maîtrisent toutes les étapes de la commercialisation de sorte à négocier les prix de vente de leurs produits sur le marché national à partir du marché mondial. Notre politique de réforme dans ce domaine a permis d’achever la liquidation de la nouvelle caisse de stabilisation en septembre 2001 et de la remplacer par un nouveau cadre institutionnel.

Il comprend l’Autorité de Régulation du café et Cacao (ARCC), la Bourse de la Commercialisation du café et du cacao (BCC) et le Fonds de Régulation et de Contrôle du café-cacao (FRC) chargé des opérations financières du secteur. Depuis lors l’Etat s’est totalement retiré de la gestion directe de la commercialisation et un nouveau mécanisme s’est mis en place. A la pratique, cette réforme s’est avérée insuffisante, donnant lieu à des situations délicates politiquement et moralement difficiles à gérer pour le Régime FPI. Elle demande donc à être à nouveau instruite et améliorée.

2) Le secteur minier et énergétique

Dans sa volonté de diversifier les activités économiques pour éviter de réduire l’économie ivoirienne à la seule activité agricole, notre programme a érigé ce secteur en un domaine essentiel. Ainsi une importance de premier plan doit être accordée à l’exploitation minière et énergétique

Comme signalé plus haut dans la présentation de notre politique de refondation économique, nous avons décidé de diversifier nos activités économiques pour nous libérer du carcan étroit de la production du cacao et du café.

C’est ainsi que nous avons délibérément choisi dans notre programme de faire du secteur minier et énergétique le deuxième pilier de notre économie après l’agriculture.

Ainsi, depuis 2000, nous assistons à la mise en place réelle d’une véritable industrie du pétrole et du gaz. D’abord la production du brut est passée de 20.000 à 50.000 barils par jour atteignant quelques fois la pointe de 100.000 barils par jour ; ensuite nous avons développé un réseau de distribution de produits pétroliers et énergétiques à l’intérieur du pays et vers l’étranger, enfin nous avons pu construire un pipeline pour le transport rapide et sécurisé du carburant. Ce secteur, naguère accessoire est devenu prioritaire et très prometteur au regard des résultats déjà obtenus. De plus en plus s’ouvrent des explorations ou exploitations dans les secteurs de l’or, du manganèse, du fer, du gaz, etc.

3) Le renforcement des capacités de nos ports

Pour mesurer les performances que notre Action a permis d’atteindre au niveau des Ports d’Abidjan et de San-Pédro, nous rapportons ce que le Président Laurent GBAGBO écrit lui-même dans CÔTE D’IVOIRE : Bâtir la paix sur la démocratie et la prospérité (pp.90-91 Ed. NEI/CEDA) : « En 2000, les ports ivoiriens connaissaient d’importantes difficultés. Le trafic stagnait autour de 15 millions de tonnes par an pour le port d’Abidjan et de 1.3 millions de tonnes pour le port de San Pedro. Le programme de relance des activités mis en place a permis de limiter les effets de la crise déclenchée en 2002.

Le port d’Abidjan a maintenu un niveau d’activité satisfaisant. Il s’est vite redressé et le trafic se situe aujourd’hui à environ 20 millions de tonnes, soit une augmentation de 30 % par rapport au trafic de l’année 2000, le port d’Abidjan est le deuxième port de l’Afrique subsaharienne après celui de Durban, en Afrique du Sud. Il doit consolider cette position. Notre objectif est de réaliser un trafic annuel de plus de 30 millions de tonnes à l’horizon 2015. »

Tous ces résultats ont été rendus possibles grâce à des projets ambitieux réalisés : la modernisation du port de pêche, la réhabilitation des principaux quais, l’aménagement d’un terminal minéralier.

Les programmes arrêtés pour l’avenir immédiat sont encore plus ambitieux : extension du Port d’Abidjan à l’île Boulay, renforcement des capacités du Port de San-Pédro pour soutenir l’exploitation du cacao, du café et l’exploitation minière de l’Ouest.

4) Les Finances publiques

L’Assainissement des Finances publiques : deux importantes dispositions pour un changement en profondeur sont arrêtées par notre Parti. D’une part, une politique de mobilisation de nos ressources intérieures propres pour l’élaboration du budget et d’autre part une stratégie audacieuse de désendettement. Ne compter d’abord que sur soi-même avant tout recours aux financements extérieurs.

 Depuis 2000, nous avons travaillé à accroître les ressources propres de l’Etat par une politique rigoureuse de mobilisation optimale des recettes fiscales et douanières grâce à notre concept de «budget sécurisé» adopté depuis 2001. Ce sont ces ressources financières intérieures qui permettent de couvrir principalement nos charges publiques et de bâtir notre budget annuel. Pour y parvenir, dès notre prise de pouvoir, nous avons choisi de faire appel à candidature à la tête des régies financières alors que nous aurions pu y nommer d’office et d’autorité nos militants économistes.

L’autre action vigoureuse et salutaire pour nos finances publiques se situe dans le processus de désendettement. Dès 2002, nous avons confectionné le Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSPR). En 2008, nous avons adopté le programme PPTE avec tous les sacrifices que cela implique. Avec la discipline budgétaire observée nous avons pu obtenir en Mars 2009 le point de décision de cette initiative PPTE. Nous sommes à présent dans l’attente du point d’achèvement et de l’initiative d’Allégement de la Dette Multinationale (IADM).

Toutes ces actions refondatrices menées visent à annuler la lourde dette publique que nos prédécesseurs nous ont laissée en héritage et qui se situe à plus de 6.000 milliards de nos francs.

5) Le partenariat économique extérieur

La multiplication des partenaires économiques : l’une des importantes innovations de nos choix économiques est l’ouverture vers de nouveaux partenaires au même titre que notre partenaire traditionnel, la France. Selon nos besoins et nos intérêts et pour nous donner de plus grandes opportunités de négociation, nous avons choisi de nous affranchir de l’étroitesse de l’option ancienne vers des nouveaux horizons. Ce choix est un acte de souveraineté et de refondation véritable.

Nous avons déjà indiqué, dans le chapitre de la coopération internationale, notre volonté et nos efforts de diversification de nos partenaires. Pour ce qui est du domaine spécifiquement économique, industriel et commercial, il faut noter le dynamisme de l’ouverture de notre pays vers de nouveaux horizons prometteurs. Par exemple, l’INDE nous apporte beaucoup dans la production agricole vivrière et dans les NTIC où il a contribué à la mise en œuvre de VITIB à GRAND BASSAM. Dans les domaines des mines et énergie, nous avons une coopération fructueuse avec la RUSSIE et la CHINE. Au niveau du renforcement des infrastructures, les entreprises chinoises et tunisiennes côtoient les françaises. Dans l’industrie, les Canadiens, les Chinois, les Libanais, les Sud-Africains se positionnent de plus en plus, etc.

A l’évidence, depuis 2000, nos échanges économiques avec l’extérieur échappent dorénavant à la loi du monopole de fait accordé à la FRANCE et à l’Occident.

VI – LA REFONDATION SOCIALE

En tant que parti de gauche dont le Projet de société se réclame du socialisme démocratique, il est évident que les grands changements initiés par notre programme de Refondation se focalisent sur les problèmes sociaux : dont l’école et la santé.

1) L’Ecole

Cet espace de socialisation, d’éducation et de formation ne doit plus être réservé à une catégorie de privilégiés. Elle doit renoncer à sa vocation élitiste pour devenir un moyen offrant à tous les enfants et jeunes les chances égales d’intégration et d’insertion sociale.

D’où le projet d’école gratuite et obligatoire jusqu’à l’âge de 17 ans correspondant à la fin du premier cycle secondaire.

Cette réforme induit à procéder à la révision du cadre institutionnel de l’enseignement et surtout à la réduction des coûts de la formation. En attendant une mise en route concrète de ces décisions de la politique éducative, notre régime a adopté deux mesures importantes : la distribution gratuite des manuels scolaires dans l’enseignement primaire et la libéralisation de la tenue scolaire. Ainsi, depuis 2001, l’Etat distribue gratuitement aux écoliers du CP1 au CM2 les manuels scolaires de sorte que les parents sont soulagés de cette contrainte financière.

Pour faire face au déficit et remédier à la démotivation du personnel enseignant, nous avons corrigé la mesure discriminatoire du salaire à double vitesse instaurée par le PDCI en 1991. En sus, nous en parlions déjà au niveau de la réforme de notre Fonction Publique, nous avons procédé au reclassement indiciaire et à la hausse des salaires des Fonctionnaires des secteurs de l’Education, de la Formation et de la Recherche.

Au niveau de l’Enseignement Supérieur, plus exactement, de nos universités, nous avons pris un décret dès 2001 pour que les Présidents de ces Institutions ne soient plus nommés par le Chef de l’Etat mais élus démocratiquement. Là aussi, c’est une grande reforme à saluer et à encourager.

Néanmoins, l’on note encore de gros déficits au niveau du personnel enseignant, évalué à plus de douze mille (12.000) dans le Primaire et le Secondaire.

2) La santé

Il est vrai que notre pays bénéficie d’un système de santé relativement développé. Mais il connaît des dysfonctionnements, des insuffisances et ne permet pas à la grande majorité d’accéder facilement à des soins de qualité. Il importe dès lors de faire en sorte d’assurer un meilleur accès aux soins de santé pour tous et, surtout la couverture du pays par les établissements sanitaires.

A ce titre deux actions refondatrices sont menées : les collectivités décentralisées et l’Assurance Maladie Universelle (AMU). Grâce aux conseils municipaux et aux conseils généraux, l’équipement en infrastructures de base aux différents niveaux de la carte sanitaire est assuré.

Quant à l’AMU, clé de voûte de la refondation du système de santé du FPI, elle vient répondre à un besoin de solidarité nationale. Elle repose sur le principe « de la mutualisation du risque maladie » selon la formule du Président Laurent GBAGBO dans son ouvrage-programme précité. Elle vise à assurer la santé des populations en leur facilitant l’accessibilité financière aux soins, à atténuer les effets de la pauvreté en garantissant l’égalité de traitement face à la maladie et à améliorer la couverture sanitaire du territoire national.

Nous avons fait de gros efforts pour le personnel soignant, la construction de centres de santé et la mise en place de l’Assurance Maladie Universelle (AMU).

En effet, pour pallier le déficit du personnel, le Président de la République a décidé de faire engager à la Fonction Publique, de façon exceptionnelle, par voie d’étude de dossiers et non par concours, près de 3 000 cadres supérieurs de la Santé (Médecins, Chirurgiens, Dentistes, Pharmaciens). C’est la première fois qu’un chef d’Etat prend cette mesure dans ce pays. Ensuite, les salaires de tous les Agents de la Santé ont été revalorisés.

Pour ce qui est de la construction de nouveaux centres de santé et d’hôpitaux, cela résulte de la politique de décentralisation ayant confié aux autorités décentralisés cette charge. Ainsi depuis 2002, nos villages et villes ont vu se bâtir beaucoup d’édifices consacrés aux soins. Certains centres n’attendent que le personnel pour être fonctionnels.

Mais déjà en 2001, le Ministère de la Santé Publique avait fait le point des centres de santé construits non fonctionnels. L’Etat a alors pu faire ouvrir et fonctionner près de cent cinquante (150) dispensaires et maternités naguère abandonnés.

Pour l’AMU, ce projet est déjà formalisé par des textes législatifs et réglementaires depuis 2001. Il se trouve au stade de phase-pilote à Bondoukou et à Soubré pour tester sa faisabilité. Il reste à mettre sur pied le Fonds National d’Assurance Maladie avec les différentes cotisations pour l’application effective du système.

VII – LA REFONDATION DE L’ARMÉE ET DE LA SÉCURITÉ

Dans le programme de gouvernement du FPI, les secteurs de la Défense et de la Sécurité font l’objet d’une attention particulière au double plan de leurs missions classiques et de leur nouvelle orientation dérivée du projet de société du parti.

La refondation à ce niveau, va consister à revisiter ces accords de défense mais aussi et surtout à affirmer notre volonté de diversifier notre coopération militaire.

De surcroît, en même temps que les fonctions de défense du territoire national, des institutions de la République, du maintien de l’ordre public et de la protection des biens et des citoyens sont assurés, le programme de gouvernement a mis un accent prépondérant sur une mission de développement assignée aux forces armées ivoiriennes.

Dans la nouvelle vision, notre Armée devra jouer un puissant rôle économique grâce aux services du Génie militaire. On envisageait de confier à l’Armée la réalisation de projets de développement tant en milieu rural qu’en milieu urbain.

Toutes ces réformes audacieuses portant sur notre système de défense et de sécurité ont fait l’objet d’un projet de loi de programmation militaire en 2002. Le parlement n’a pas eu le temps ni de l’examiner ni de l’adopter.

La crise militaro-politique que nous subissons depuis le 19 Septembre 2002, nous a amené à revisiter nos considérations et projets d’action. Nous avons appris et compris beaucoup des choses.

En premier lieu, cette guerre nous a instruit que si l’on veut avoir un pays économiquement fort et puissant, il faut posséder une armée, un corps de défense et de sécurité fort et redouble capable de décourager les assaillants et les prédateurs. Et pour qu’une armée soit forte et redoutable, il faut qu’elle soit bien équipée, bien armée, bien entrainée et bien formée.

En deuxième lieu, nous avons fait l’amer constat du nombre très insuffisant de nos militaires, gendarmes et policiers. Nos brigades de gendarmerie, nos commissariats de police sont inadaptés, sous-équipés et en nombre insuffisant. Pendant cette guerre, certains voisins ont profité de la situation pour s’équiper particulièrement en appareils volants. Aujourd’hui, une armée dont la branche aérienne est faible est une armée faible.

En troisième lieu, nous réalisons avec l’expérience de cette crise que notre conception de la gestion militaire et sécuritaire doit évoluer. Il nous faut réaliser un certain nombre de mesures importantes comme le rajeunissement des troupes, l’accentuation de leurs capacités de mobilité et de communication, la surveillance du territoire maritime et aérien, le renforcement de l’Intelligence et du Renseignement, le déploiement de l’Armée sur tout le territoire national.

Par ailleurs, nous avons aussi compris que nous devons mettre à contribution notre Armée pour assurer l’intégration nationale par l’éducation civique et morale des jeunes du pays. Cela doit se traduire par la restauration du service militaire obligatoire.

Après l’exposé des idées-forces de notre programme de gouvernement, il convient de répondre à présent à cette question fondamentale : quel bilan peut-on faire de l’application de notre politique de refondation depuis l’expérience de l’exercice du pouvoir d’Etat en 2000 ? Quels sont les acquis et les limites de nos choix politiques surtout que depuis septembre 2002, nous sommes condamnés à gérer la crise militaro-politique survenue dans notre pays pendant que nous sommes aux affaires ?

 

 

 


La Refondation


 1 . Objectifs

2 . Introduction

3 . L’héritage du pouvoir PDCI

4. La Refondation en Action

 5. Les Leçons de la Refondation